Les albatros et pétrels de la famille Procellariidae sont les oiseaux marins les plus fréquemment pris dans les
palangres (très longues lignes d’hameçons) utilisées par les pêcheurs dans les mers du Sud. Durant les cinq dernières années, les Procellariidae sont devenus au niveau mondial la famille avec la
plus grande proportion d’espèces vulnérables ou en danger d’extinction. Les populations de 19 espèces d’oiseaux pélagiques (sur 21 recensées sur la plateforme continentale de Patagonie) sont en
régression depuis dix ans.
Ces espèces sont aujourd’hui l’objet de nouveau type de prédation dont manifestement elles ne se remettent pas. L’augmentation des rejets des espèces dites non commercialisables par les pêcheurs
(25 % de la pêche sur la plateforme continentale, soit 10 000 tonnes par an) a modifié considérablement les comportements des Procellariidae, notamment du Pétrel Géant. Les rejets et les appâts
sur les palangres constituent une offre fantastique. En essayant de voler les appâts, beaucoup meurent noyés, prisonniers des hameçons. Sur la seule plateforme continentale argentine, on estime à
300 000 le nombre d’individus de cette famille perdus annuellement dans les palangres. Ces chiffres ne tiennent compte que de la pêche officielle à la palangre. Or, tous les ans plusieurs bateaux
palangriers pirates sont désarmés dans les ports argentins. Or, les chalutiers, autre technique de pêche, témoignent eux aussi de plus en plus de captures accidentelles d’oiseaux importantes.
Les Pétrels Géants (Macronectes giganteus) vivent longtemps, sont fidèles, et pondent un seul œuf par an ou tous les deux ans. La population mondiale totale est estimée à 62 000 individus, en
constante régression. On a identifié des colonies dans l’ensemble des îles sub antarctiques (Georgie, Sandwich, Kerguelen, Malouines, Etats, Orcades, Shetland, …) et sur deux ilots dans la
province de Chubut, notre zone de navigation. Ces deux ilots, Grand Robredo et Arce, constituent les dernières colonies « continentales » au monde pour cette espèce. La population sur Grand
Robredo est estimée à 1800 couples et sur Arce à 300.
Les Pétrels Géants sont de très grand oiseaux marins (envergure > 2.00m) aux vols planants qui utilisent de grandes zones marines pour se nourrir ; ils sont ainsi de bons indicateurs de la
santé de l’éco système marin, on les considère comme une « espèce-paysage ». Car leur territoire est énorme, leur étude impose de dépasser les bornes des aires protégées. C’est pour cela aussi
que le Pétrel est une espèce phare pour la protection de la biodiversité de l’Atlantique Sud : la mise en œuvre de réserves et zones protégées exclusivement côtières n’est pas suffisante. Suivre
de près la dynamique de leur population permet de disposer d’informations primordiales pour la gestion des ressources, bien au-delà de la mise en place de zones côtières protégées. Cette espèce
est considérée comme vulnérable sur la liste rouge de l’IUCN (www.redlist.org) et est depuis peu considérée comme menacée par la Convention sur la Conservation des Espèces Migratoires et la
BirdLife International.